Guides pratiques · 15 min de lecture

Comment évaluer la juste valeur marchande d’une entreprise au Québec

Combien vaut réellement une entreprise? Sa juste valeur marchande ne se résume ni à son chiffre d’affaires, ni à son prix demandé, ni à une formule universelle. Ce guide explique les trois niveaux de conclusions d’évaluation reconnus au Canada, les trois grandes approches de valorisation et les renseignements à préparer pour une acquisition, une vente ou une relève. Les calculs sont uniquement pédagogiques : une évaluation professionnelle dépend du mandat, des faits et du jugement d’un évaluateur qualifié.

Publié le 4 novembre 2026

1. Comprendre la juste valeur marchande (JVM)

La juste valeur marchande correspond généralement au prix qui pourrait être obtenu dans un marché ouvert entre un acheteur et un vendeur sérieux, informés, prudents et indépendants. Le contexte, l’actif ou les actions évalués, la date de référence et les conditions de la transaction comptent. La définition utilisée pour un mandat précis doit être validée avec le professionnel concerné.

On doit distinguer la JVM du prix demandé par un vendeur, du prix finalement négocié, de la valeur comptable et de la valeur particulière qu’un acheteur stratégique pourrait attribuer à des synergies qui lui sont propres. Un prêteur peut également appliquer ses propres règles de financement : une JVM ne garantit ni un prix de vente ni un montant de prêt.

Il faut aussi déterminer l’objet de l’évaluation : l’entreprise en exploitation, l’ensemble de ses actifs, ou les actions détenues par une personne. Une évaluation de l’entreprise et une évaluation de ses capitaux propres ne correspondent pas automatiquement au même montant.

2. Dans quelles situations évaluer une entreprise?

Une évaluation peut contribuer aux décisions d’achat ou de vente, à une relève entrepreneuriale, à un transfert d’actions entre actionnaires, à la négociation d’un financement ou au règlement d’un différend. Le besoin d’indépendance, la documentation requise et l’usage permis du rapport ne seront pas nécessairement les mêmes d’un contexte à l’autre.

Avant de commencer, formulez l’objectif : qui utilisera le résultat, pour quelle décision, à quelle date et sur quelle base de valeur? Dans un dossier de nature fiscale, juridique ou litigieuse, faites vérifier les exigences applicables par le professionnel approprié. Un calcul interne ne se substitue pas automatiquement à un rapport admissible pour un tiers.

Une première estimation de travail peut servir à identifier des écarts, préparer les questions de vérification diligente et décider s’il est pertinent de commander une mission d’évaluation professionnelle.

3. Les trois niveaux de conclusions d’évaluation selon les normes 2026

Depuis le 1er janvier 2026, les normes d’exercice de l’Institut canadien des experts en évaluation d’entreprises (Institut des CBV) distinguent trois niveaux de conclusions : portant sur des calculs de valeur, portant sur une estimation de la valeur et exhaustive. La distinction repose surtout sur la profondeur de l’examen, de l’analyse et de la corroboration indépendante. Les normes 100, 110, 120 et 130 ainsi que le bulletin de pratique professionnelle no 3 constituent les références principales.

Le calcul est le niveau le moins étendu, mais ce n’est pas une simple multiplication effectuée sans jugement professionnel. Une conclusion portant sur des calculs de valeur doit tout de même être crédible et correctement étayée selon les exigences applicables. L’estimation comprend des travaux plus substantiels. L’exhaustive comporte une analyse approfondie des données et hypothèses importantes, avec un niveau élevé de corroboration indépendante.

Le niveau approprié doit être choisi selon l’objectif, les utilisateurs prévus, le risque, la complexité et la fiabilité de l’information disponible. Il ne faut pas promettre qu’un rapport de calcul sera accepté pour une transaction, un litige ou un dossier fiscal sans confirmation préalable.

NiveauÉtendue des travauxÀ retenir
Calculs de valeurMoins étendue; corroboration indépendante limitée et hypothèses simplificatrices possiblesConclusion professionnelle, non une estimation automatique
Estimation de la valeurTravaux substantiels; corroboration indépendante modéréeAnalyse plus approfondie des données importantes
ExhaustiveTravaux étendus; corroboration indépendante élevéeAnalyse détaillée des hypothèses et facteurs significatifs

4. Les trois grandes approches pour déterminer la valeur

Ne confondez pas les trois niveaux de conclusions d’évaluation avec les trois familles de méthodes de valorisation. Le niveau décrit la profondeur de la mission; l’approche indique comment l’on examine les facteurs de valeur. Un professionnel peut retenir une méthode, en comparer plusieurs ou expliquer pourquoi certaines ne sont pas pertinentes.

L’approche fondée sur les revenus étudie la capacité future de l’entreprise à générer des bénéfices ou des flux de trésorerie. Elle peut utiliser la capitalisation d’un bénéfice représentatif ou l’actualisation de flux futurs, en tenant compte du risque et de la croissance. Elle exige des prévisions défendables.

L’approche fondée sur le marché repose sur des transactions comparables ou des multiples observés, par exemple du BAIIA. Les multiples doivent tenir compte de la taille de l’entreprise, du secteur, de la date, du risque et de la comparabilité des données. Aucun multiple ne convient à toutes les PME.

L’approche fondée sur les actifs examine la valeur des actifs et des passifs pertinents, parfois après réévaluation. Elle peut être importante lorsque la valeur repose surtout sur les actifs, lorsque la rentabilité est faible ou dans certains scénarios de liquidation.

ApprocheQuestion centralePoint de vigilance
RevenusQuels flux futurs l’activité peut-elle produire?Hypothèses, taux et risque
MarchéQue suggèrent des transactions vraiment comparables?Comparabilité et disponibilité des données
ActifsQue valent les actifs et les passifs pertinents?Actifs incorporels, passifs et coûts éventuels

5. Normaliser les résultats financiers avant d’utiliser un multiple

Le BAIIA (bénéfice avant intérêts, impôts et amortissements) est souvent utilisé comme indicateur de résultat opérationnel, mais il ne représente pas les flux de trésorerie disponibles. Un multiple de BAIIA est seulement un raccourci utile dans certaines circonstances. Il ne remplace pas l’analyse des investissements, du fonds de roulement, des impôts et des risques.

L’évaluateur examine notamment les charges non récurrentes, les éléments exceptionnels, la rémunération des propriétaires, les transactions entre parties liées et les postes non liés aux activités normales. Un ajustement ne doit pas être ajouté uniquement pour faire monter la valeur : chaque normalisation doit être justifiée et documentée.

Comparez plusieurs exercices financiers, examinez la tendance des marges et réconciliez les chiffres avec les déclarations et les documents disponibles. Une année exceptionnellement favorable ne représente pas nécessairement les bénéfices futurs.

  • Collecter les résultats de plusieurs exercices.
  • Séparer les dépenses récurrentes des éléments exceptionnels documentés.
  • Examiner les contrats, la rémunération et les opérations avec des parties liées.
  • Conserver une trace de chaque ajustement proposé.

6. Exemple fictif : multiple de BAIIA et valeur des actions

Supposons une entreprise fictive avec un BAIIA normalisé de 200 000 $ et un multiple hypothétique de 4,0 fois. La multiplication donne une valeur indicative d’entreprise de 800 000 $ (200 000 $ × 4). Le multiple de 4,0 est choisi uniquement pour expliquer la formule : il ne provient pas d’une étude sectorielle et ne constitue pas une recommandation.

Imaginons ensuite une dette financière de 230 000 $ et une trésorerie excédentaire admissible de 50 000 $. Dans ce cas simplifié, la dette nette est de 180 000 $ et la valeur indicative des capitaux propres serait de 620 000 $ (800 000 $ − 180 000 $), avant d’autres ajustements potentiels. Les éléments de trésorerie, de dette, de fonds de roulement et les actifs non opérationnels dépendent des conventions de valeur et ne peuvent pas être additionnés ou retranchés mécaniquement dans tous les dossiers.

Ni 800 000 $ ni 620 000 $ ne constituent ici une JVM établie : il manque notamment l’analyse du marché, des perspectives, des risques, des comparables, des actifs et du périmètre exact de la transaction. Une valeur par actualisation des flux ou par les actifs pourrait conduire à un résultat différent.

Élément fictifMontantCalcul ou remarque
BAIIA normalisé200 000 $Hypothèse non vérifiée
Multiple illustratif4,0 ×Aucun comparable sectoriel fourni
Valeur indicative d’entreprise800 000 $200 000 $ × 4,0
Dette financière230 000 $Hypothèse
Trésorerie excédentaire50 000 $Hypothèse
Valeur indicative des actions620 000 $800 000 $ − (230 000 $ − 50 000 $)

Exemple illustratif

Les chiffres servent uniquement à comprendre les opérations. Ne réutilisez pas le multiple fictif de 4× pour évaluer une entreprise réelle.

7. Préparer les documents qui appuient une évaluation

La qualité de la conclusion dépend de la qualité des données. Préparez les états financiers et les déclarations pertinentes de plusieurs exercices, les résultats intermédiaires, les prévisions et leurs hypothèses, les détails des emprunts, ainsi que l’inventaire des actifs et passifs. Les états financiers ne donnent pas nécessairement à eux seuls la valeur marchande des actifs.

Documentez également les principaux contrats, la concentration des clients et fournisseurs, les bailleurs et échéances, l’équipe de direction, les contrats de travail, la propriété intellectuelle, les litiges connus et les engagements éventuels. Un acheteur ou un évaluateur doit pouvoir vérifier les éléments qui soutiennent la rentabilité future.

Dans une acquisition, distinguez les documents confirmés, les déclarations du vendeur, les hypothèses et les questions encore ouvertes. Les documents peuvent alimenter le plan d’affaires et les prévisions de financement, mais leur simple présence ne remplace pas une vérification diligente.

  • États financiers historiques et données financières récentes.
  • Normalisations du BAIIA et justification des ajustements.
  • Dette, trésorerie, fonds de roulement, immobilisations et actifs non opérationnels.
  • Contrats majeurs, concentration et dépendance à des personnes clés.
  • Prévisions, risques, hypothèses et sources externes.

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8. Évaluer les facteurs qui peuvent changer la conclusion

La stabilité des revenus, la fidélité des clients, la dépendance à une seule personne, la concentration des fournisseurs, les contrats à renouveler et la qualité des systèmes peuvent modifier le risque et les perspectives. Les conditions du marché à la date d’évaluation comptent également.

Le contrôle ou une participation minoritaire, les restrictions de transfert et les droits des actionnaires peuvent influencer l’objet de l’évaluation. Une valeur pour l’ensemble des actions ne se divise pas toujours proportionnellement pour représenter un bloc minoritaire. Les conditions particulières doivent être définies avec l’évaluateur.

Une synergie propre à un acquéreur peut soutenir son prix offert sans constituer automatiquement la JVM dans la définition retenue. Rappelez-vous aussi qu’un financement disponible et un prix négocié sont des notions distinctes de la conclusion d’évaluation.

9. Éviter les erreurs les plus fréquentes

Appliquer un multiple trouvé en ligne sans vérifier le secteur, la taille, la date et la nature des transactions peut produire une valeur trompeuse. Il en va de même lorsqu’on utilise le chiffre d’affaires au lieu d’un résultat normalisé sans expliquer pourquoi, ou lorsqu’on omet les besoins futurs en immobilisations et en trésorerie.

Une autre erreur consiste à confondre la valeur d’entreprise et la valeur des actions, ou à compter deux fois la trésorerie et les actifs non opérationnels. Assurez-vous aussi que l’on évalue bien ce qui sera vendu : actifs particuliers, exploitation ou actions.

Enfin, une estimation interne, même bien documentée, ne doit pas être présentée comme une conclusion d’évaluation réalisée conformément aux normes professionnelles. Ce guide n’émet aucune opinion sur la valeur d’une entreprise donnée.

Point de vigilance : Une formule ne permet pas, à elle seule, de conclure à une juste valeur marchande. Le contexte juridique, fiscal ou financier peut exiger un rapport d’un expert indépendant.

10. Quand consulter un expert en évaluation d’entreprises?

Faites appel à un évaluateur d’entreprises qualifié lorsque le montant en jeu, les risques, les exigences des tiers ou une situation litigieuse l’exigent. Un expert peut définir le mandat, la base de valeur, la date de référence, l’étendue des travaux et la méthode appropriée. Le niveau de conclusion à retenir est une question de jugement professionnel, pas une décision dictée uniquement par le budget.

Avant de confier la mission, demandez quels seront l’usage autorisé du rapport, les informations nécessaires, les limites et les modalités de communication aux tiers. Un conseiller juridique ou fiscal peut aussi être nécessaire selon le contexte.

HorizonL peut aider à organiser un projet d’acquisition, à centraliser les documents et à préparer un plan d’affaires ou des prévisions financières. Il ne remplace pas l’évaluateur, ne certifie aucune JVM et ne produit pas un rapport conforme aux normes professionnelles d’évaluation.

Liste de vérification

Avant de considérer votre dossier prêt, vérifiez les points suivants.

  • L’objet et la date de l’évaluation sont identifiés (actifs, entreprise ou actions).
  • L’objectif, les utilisateurs du résultat et le contexte sont précisés.
  • La différence entre calcul, estimation et conclusion exhaustive est comprise.
  • La méthode et les hypothèses ne reposent pas sur un multiple arbitraire.
  • Les résultats historiques et les normalisations sont documentés.
  • La valeur d’entreprise et la valeur des actions ne sont pas confondues.
  • La dette, la trésorerie, le fonds de roulement et les actifs particuliers sont examinés.
  • Les risques, les contrats et les prévisions sont vérifiés.
  • Le besoin d’un expert indépendant est évalué avant toute décision importante.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre un rapport de calcul et une estimation de valeur?+

Une conclusion portant sur des calculs de valeur repose sur des travaux moins étendus qu’une conclusion portant sur une estimation de la valeur. Les deux doivent néanmoins être crédibles et étayées selon les normes applicables. Le niveau pertinent dépend de l’objectif et des données disponibles.

Peut-on connaître la valeur d’une entreprise en multipliant son BAIIA?+

On peut produire un scénario indicatif, mais il faut justifier les bénéfices normalisés, le multiple, les risques, les ajustements et les autres méthodes pertinentes. Un multiple arbitraire ne démontre pas une juste valeur marchande.

Le prix payé correspond-il toujours à la juste valeur marchande?+

Non. Le prix négocié peut refléter la stratégie d’un acheteur, les modalités de paiement, des synergies ou des contraintes propres aux parties. La JVM dépend de la définition et du contexte du mandat.

La valeur d’entreprise correspond-elle à la valeur des actions?+

Pas nécessairement. La valeur de l’exploitation peut nécessiter des ajustements, notamment pour la dette, la trésorerie et certains actifs ou passifs, avant d’estimer la valeur des capitaux propres.

HorizonL peut-il émettre un rapport d’évaluation certifié?+

Non. HorizonL aide à préparer les renseignements d’un projet, le plan d’affaires et les prévisions financières. La conclusion et le rapport d’évaluation professionnels relèvent d’un évaluateur qualifié.

Sources et références

Sources consultées le 4 novembre 2026. Vérifiez les versions officielles et les dates des données avant de prendre une décision.

  1. Institut des CBV — Normes d’exercice d’évaluation (2026)
  2. Institut des CBV — Bulletin de pratique professionnelle nº 3 (version actuelle)
  3. BDC — Comment évaluer l’entreprise à acquérir
  4. ARC — Définition générale de la juste valeur marchande (glossaire TPS/TVH)
  5. BDC — Comment déterminer la valeur d’une entreprise que vous souhaitez acquérir

Exemples fictifs à visée pédagogique. Ce guide ne remplace pas un avis professionnel en comptabilité, droit, financement ou évaluation d’entreprise.

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